Autour du corps

Les réflexes ancestraux

L'objectif de l’ intégration des réflexes primitifs est l'amélioration du traitement sensoriel et du tonus musculaire, l'intégration d'un schéma corporel plus stable, une clarification des limites entre soi et le monde extérieur.

Entretien avec Claire Lecut, praticienne intervenant à l’IME expérimental MAIA.

En quoi les enfants avec autisme sont-ils particulièrement concernés par les réflexes archaïques ?

Les réflexes archaïques sont des mouvements automatiques, déclenchés par des stimuli extérieurs, que l’on observe chez le nouveau-né. C’est grâce à ces mouvements réflexes que les neurones vont pouvoir se développer et former un réseau de communication entre différentes parties de son système nerveux.

La phase d’intégration se déroule pour la majeure partie des réflexes avant l’âge d’un an. En fait, le schéma réflexe cède peu à peu la place à un mouvement contrôlé et volontaire.

Par exemple, le réflexe d'agrippement se transforme en un mouvement volontaire chez le petit enfant qui va progressivement être en mesure de décider s’il souhaite (ou non) prendre/lâcher n’importe quel objet.
Les programmes réflexes qui constituent la base neurologique du contrôle des mouvements du bébé, permettent aussi de renforcer son tonus musculaire et lui procurent une disponibilité posturale, intellectuelle, et un état de sécurité intérieure. Cet état lui est indispensable pour développer sa curiosité et l'envie d'explorer le monde qui l'entoure.

Chez les enfants avec autisme il est très fréquent que certains réflexes ne se soient pas intégrés complètement. La rémanence de plusieurs réflexes archaïques - notamment les réflexes de Moro et de Paralysie par la Peur - provoque un stress corporel tel, qu’il leur est difficile de se consacrer pleinement à l'apprentissage. La principale conséquence de l'incorrecte intégration de ces réflexes est une hypersensibilité tactile, vestibulaire, auditive, voire visuelle ou olfactive, mais aussi un déficit postural, des troubles de l'attention avec ou sans hyperactivité.

Quels types d’interventions faites-vous ?

J'aide l'enfant à atténuer les effets de ces réflexes par des séquences de mouvements rythmiques très spécifiques et des stimulations sensorielles douces et progressives. C’est grâce à la plasticité cérébrale que l’on peut y parvenir. J’utilise des techniques qui ont fait leurs preuves aux Etats Unis, au Royaume-Uni, en Suède, en Australie ou en Pologne. Mes principales références sont les programmes développés par Svetlana Masgutova, Peter Blythe ou le Dr Blomberg.

Mes interventions sont « éducatives » et je privilégie l'appropriation par l'enfant du sens de son « schéma corporel ». Mon objectif : permettre à l’enfant autiste d’accéder à une compréhension plus mature de lui-même, tant sur le plan physique qu’émotionnel, et par conséquent, à une meilleure compréhension des autres et de son environnement, ce qui lui permet de renforcer sa confiance et ses facultés d’adaptation.

Qu’en est-il de MAIA ?

L’IME expérimental MAIA est le seul IME qui a une approche «réflexes archaïques». Par ailleurs, j’exerce en libéral avec enfants et adultes. Mon expertise en RMT (Rhythmic Movement Training) me conduit également à la formation de posturologues, orthophonistes, ostopathes, psychomotriciens, éducateurs et autres professionnels intéressés par le sujet. Par le biais de conférences, je sensibilise parents et futurs parents sur l'importance de ces éléments fondateurs du bon développement de l'être que sont les réflexes primitifs.

Quatre exemples de réflexes archaïques

  • Réflexe d’agrippement (Grasping reflex) : On présente un doigt ou un objet (crayon) au bébé, il le saisit automatiquement. Permet à l'enfant d'aller peu à peu dans la motricité fine.
  • Réflexe de Moro (Réflexe d’embrassement) : La position de la tête du bébé est changée brusquement, il écarte bras et jambes et inspire; ses bras se replient ensuite vers sa poitrine en exécutant un mouvement d’étreinte, il se met à pleurer. Expériences fondatrices de la gestion du danger, et du "filtre" sensoriel.
  • Réflexe de Galant : Si on stimule le côté de la colonne vertébrale du bébé, il effectue une flexion de tout le corps vers ce côté. Soutient la mise en place des axes avant/arrière, haut/bas, droite/gauche, prépare à la station debout pour la marche mature.
  • Réflexe Tonique Asymétrique du Cou: Le bébé tourne la tête : bras et jambe s'étendent du même côté et fléchissent du côté opposé. Réflexe fondamental pour le ramper et le 4 pattes : mise en place de la latéralisation et stimulation des 2 hémisphères cérébraux.

Pour en savoir plus : www.mouvement-et-apprentissage.net 

Interview réalisée par Patrice Doyon (Avril 2013)