Autour du corps

L’attention au corps

Le parcours des parents d’un enfant atteint d’autisme est sinueux et complexe. Il passe par la stupeur de l’annonce du diagnostic, à la recherche parfois effrénée pour trouver les possibilités, les fenêtres qui vont  « ouvrir », « libérer » ces enfants. Les notions vagues « d’ouverture » et de « liberté » font parfois écho à la souffrance des parents de ne pas avoir mis au monde un enfant comme les autres dans une société où l’on n’apprend ni à accepter ni à intégrer la différence. Dans un premier temps, les efforts vont se concentrer vers un désir de retour à la normale envers et contre tout, parfois en dépit de l’écoute des besoins profonds de l’enfant.

L’une des priorités des parents et professionnels est de trouver des moyens, des méthodes pour entrer dans l’apprentissage, pour combler « l’insupportable » décalage entre un enfant sans autisme et un enfant avec autisme, vouloir scolariser l’enfant à tout prix et petit à petit tout faire pour rattraper le retard, même si la cour de récréation est un cauchemar absolu.

L’énergie est entièrement happée par le développement de l’intellect.

Dans un pays où la valeur qui prime est celle du développement de l’intellect et du mental comme modèle social de réussite et d’intégration, le corps et les apprentissages corporels ne sont pas perçus comme pouvant avoir un effet sur l’épanouissement de la personne à tous les niveaux (mental, affectif, porteur de confiance en soi, et aidant à conscientiser certains processus comme la propreté par exemple).

Le corps n’a pas d’autre choix que celui de suivre tant bien que mal ou d’être laissé à l’écart.

Les techniques qui travaillent sur les capacités mentales des enfants sont indispensables et efficaces, mais insuffisantes dans certains cas. Parfois des enfants sortent de l’autisme ou parviennent à vivre parmi les personnes sans autisme. Mais combien sont-ils ? Combien de Temple Grandin, d’Hugo Horiot et de Joseph Schovanec peuvent écrire et partager leur expérience ? Leurs témoignages sont indispensables car ils parlent à la place de ceux qui ne peuvent pas le faire, à la place de celui qui crie en entendant une moto passer car la fréquence résonne comme une torture dans ses oreilles, à la place de celui qui ressent les gouttes d’eau provenant du pommeau de la douche comme des marteaux piqueurs pénétrant dans son crâne. Sans leurs témoignages nous ne comprendrions pas ceux qui n’ont pas la chance de s’exprimer et qui ressentent avec une grande violence ces troubles sensoriels et d’autres encore.

Les années passent, l’enfant grandit et le voici déjà adolescent, parfois il ne parle toujours pas malgré les efforts de professionnels compétents. Les troubles du comportement et les gestes stéréotypés ressurgissent ou bien apparaissent à nouveau x avec les changements hormonaux.
Le strabisme, la marche sur la pointe des pieds ou l’œil divergent, tous ces disfonctionnements auxquels nous n’apportions pas de priorité particulière étant chez l’enfant petit, nous sautent soudain aux yeux. Nous anticipons les années à venir et nous nous projetons dans l’âge adulte. Il devient urgent, pour leur santé physique, de corriger des démarches claudicantes, des anomalies posturales, des mains qui ont tendance à se tétaniser… Et dans notre for intérieur de parents, nous nous disons qu’il faut tout faire pour éviter que ces corps qui réclament notre attention deviennent source de mal être durable, et facteur d’exclusion supplémentaire.

Certains des enfants qui avaient 5 ou 6 ans quand ils sont entrés à Maia ont aujourd’hui 12 ou 13 ans. L’adolescence est là avec ses nouveaux défis. Il est urgent d’apporter une attention particulière au corps.

Le développement du sport au sein de Maia apporte une réponse convaincante. Non pas le sport comme activité occupationnelle ou défouloir de pulsions devenues trop intenses à maîtriser, mais comme pratique intensive guidée par une technique précise, structurée en étapes avec des objectifs à atteindre. L’apprentissage de plusieurs sports fondamentaux tels le vélo, la natation, le ping-pong, diversifient l’entrainement et offrent à l’adolescent un choix d’activités variées.

Envisager le corps comme un levier d’apprentissage : maîtriser sa peur, gagner en équilibre, en coordination, en motricité, en symétrie.
Cette approche sera développée dans nos lettres d’information et sur notre site.

En parallèle à la prise en charge sportive, nous proposons des techniques complémentaires favorisant la conscience du corps, l’intégration des schémas corporels, ou la prise de conscience des différents systèmes du corps à travers la pratique du yoga, le body centering, un travail sur les reflexes archaïques, et les séances d’ostéopathie.

Par ces techniques nous espérons apporter une réponse aux besoins spécifiques des adolescents qui, s’ils parviennent à être mieux dans leur corps, leur posture, leur marche tout leur être qui s’en trouvera plus épanoui.

— Claire Doyon, avril 2013